Pourquoi il faut absolument aller voir Mademoiselle
9Note finale
Avis des lecteurs 5 Avis
6.8

Les Inrocks – 28.10.2016

Un piège narratif voluptueux, tout en pétales de rose et encens, par le cinéaste d’Old Boy, qui a troqué la violence brute contre la manipulation.

Park Chan-wook n’a jamais cessé d’être une des principales pommes de discorde entre différents clans de cinéphiles, la faute à quelques reproches (style roublard, intrigues rusées, goût mal dégrossi pour les pervers manipulateurs) que le Coréen ne cesse de récolter. Et il faut bien le dire : il les mérite généralement. Ne dégainons pourtant pas trop vite à propos de cet opus, où l’artisanat de Park atteint un degré inédit de sophistication visuelle et technique (tout en arabesques et mouvements aériens, le film est d’un design absolument impeccable, confinant à l’affèterie et la joliesse), mais surtout où les filouteries narratives et stylistiques du cinéaste se sont muées en quelque chose d’enfin plus léger et facétieux.

Peut-être justement parce que son tempérament devient le sujet même du film – soit précisément la poudre aux yeux, la contrefaçon, la manipulation psychologique : durant l’occupation japonaise de la Corée dans les années 1930, un dandy malfaiteur fomente un fructueux mariage en se faisant passer pour un comte aux yeux d’une riche héritière nippone, grâce à une jeune comparse qui se fait engager auprès d’elle comme servante. Mais dans le trio, les rôles de victime, d’escroc et de complice s’intervertissent et se dérobent à répétition : les deux femmes se liguent bientôt entre elles, avant de se trahir à nouveau, et c’est tout le jeu du film que de faire de chaque machination l’embryon d’un complot ultérieur.

Cette structure en poupées russes, Park Chan-wook la déroule selon un système quelque peu opératique et prévisible : l’histoire est racontée trois fois du point de vue d’un personnage différent. Le concept, certes, est peu finaud, mais il permet aussi d’assumer l’idée que Mademoiselle est cousu de fil blanc, et s’offre à son spectateur comme un objet en premier lieu ludique et amusant, un film d’escroc et de faux-semblants parcouru d’érotisme (cœur battant du film : la passion charnelle des deux personnages féminins, filmée avec un sensualisme d’expert), dont l’érotisme n’est pas vraiment la raison première mais plutôt l’air ambiant. Air envoûtant et toxique, qui couve aussi une écriture assez emportée et bouffonne des relations entre hommes et femmes : désirs masculins mesquins, pervers et dominateurs, et saphisme quasi mystique des personnages féminins.

Certes Park Chan-wook n’a pas dissipé les soupçons qui pèsent sur son cinéma, mais il les a habilement retournés à son avantage. Comme on le dit souvent à son sujet : c’est malin.

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