Dark Waters, le combat héroïque et disproportionné des "petits" contre les multinationales ★★★★
8Note finale
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7.0

Dark Waters un film répondant aux attentes spécifiques du genre mais jamais impersonnel pour autant. 

Louis Danvers pour Focus Vif

« L’avocat qui devint le pire cauchemar de DuPont. » Tel était le titre de l’article de Nathaniel Rich publié le 10 janvier 2016 dans le New York Times. Une tranche de journalisme bien tournée, célébrant les mérites d’un certain Robert Bilott, juriste d’entreprise travaillant à Cincinnati. Lequel avait osé s’en prendre à la très puissante société DuPont (de son nom complet DuPont de Nemours Inc.), poids lourd de la chimie américaine et internationale. Bilott avait pris, malgré la résistance de ses patrons, la défense des citoyens de Parkersburg en Virginie-Occidentale, victimes des effets d’une pollution dramatique causée par DuPont. Une longue et difficile procédure allait lui donner raison, avec un résultat marquant l’Histoire des droits des gens ordinaires face à la grande industrie, celle de la lutte contre la pollution et celle des lanceurs d’alerte.

Le cinéma ne pouvait que s’intéresser à cette saga bien réelle, illustrant le combat héroïque et disproportionné des « petits » contre les multinationales et leur impunité supposée. Le déclic est venu de l’acteur Mark Ruffalo, connu surtout pour ses rôles de séducteur (mais pas macho) pour quelques maîtres films (Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, Zodiac de David Fincher) et bien évidemment pour son interprétation de l’Avenger Hulk dans les films de la galaxie Marvel. Son rôle de reporter intrépide dans l’excellent Spotlight, sur la révélation d’une énorme affaire de pédophilie impliquant l’Église catholique de Boston, l’avait bien placé pour vouloir incarner Rob Bilott. C’est donc Ruffalo qui souffla aux producteurs de la société Participant (connue pour ses engagements citoyens) le nom de Todd Haynes en tant que réalisateur potentiel de Dark Waters, l’adaptation en scénario de l’article du New York Times par Mario Correa et Matthew Michael Carnahan. Un choix assez surprenant au premier abord, Haynes étant surtout connu pour ses variations sublimes sur le mélodrame classique des années 50 (Far from HeavenCarol, la mini-série Mildred Pierce) et son traitement émouvant des thématiques gays. Le cinéaste a relevé le défi d’un « éco-thriller » qu’il maîtrise avec une belle assurance, un sens du réalisme aigu et une tension prenante.

Très sensible lui-même à la cause habitant le film, Todd Haynes joue le jeu sans concéder d’effets sentimentaux faciles ni de raccourcis idéologiques. Sa mise en scène épouse la modestie du personnage principal, mais aussi sa minutie, son efficacité. S’il n’était pas attendu sur le terrain (pollué) du film-dossier, le réalisateur se met au service d’un propos nécessaire. Et il le fait fort bien, signant avec Dark Waters un film répondant aux attentes spécifiques du genre mais jamais impersonnel pour autant. L’obsession de son héros du quotidien touchant visiblement en lui une corde très sensible.