EVGE : « Une allégorie du destin du peuple tatar »

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Le premier long-métrage de l’Ukrainien Nariman Aliev est une allégorie du destin du peuple tatar

par Bénédicte Prot pour Cineuropa

Au cinéma, la Crimée évoque souvent de vastes étendues vides, peu hospitalières, et des récits qui se déploient en adéquation avec ce territoire. Le premier long-métrage présenté par l’Ukrainien Nariman Aliev au 72e Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard, quoiqu’En terre de Crimée se passe entièrement en dehors de cette république de la fédération de Russie, en chemin vers elle plus précisément.

Le destin de cette famille coïncide en effet avec celui de tout le peuple tatar, massivement déporté par Staline en 1944 (de sorte qu’à la chute du Rideau de fer, il ne restait plus un Tatar en Crimée) et peu soutenu, que ce soit par Kiev ou par les occupants slaves installés en Crimée, dans ses tentatives de retour après la chute de l’URSS, tentatives qui pour beaucoup, à l’instar de feu le père de Mustafa, vont échouer, faisant des Tatars des apatrides, si près pourtant de leur terre.

Il se dégage de ce travail allégorique, filmé de manière sobre et classique, une beauté qui renvoie à l’état de tout ce peuple dont on parle si peu, dont Aliev nous donne à entendre.