UN AMOUR IMPOSSIBLE I Lumineuse adaptation du roman de Christine Angot
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Guillemette Odicino – Télérama I  Publié le 6 novembre 2018 à 18:06

«Un amour impossible», Lumineuse adaptation du roman de Christine Angot

C’est une histoire d’amour(s). Elle débute avec Rachel et Philippe. D’origine juive et de milieu modeste, cette jeune femme séduisante et intelligente tombe follement amoureuse d’un jeune homme de bonne famille qui ne manque aucune occasion de l’humilier subtilement. De cette passion charnelle, où Rachel accepte tout, naît Chantal : « Je suis née le 3 février 1959 à Châteauroux. Sur mon acte de naissance était inscrit “née de père inconnu”. » Quand enfin son père la reconnaîtra, et qu’elle passera une semaine avec lui, cet acte de naissance deviendra… acte de propriété. Catherine Corsini adapte donc le livre dans lequel Christine Angot racontait son histoire familiale, et dont le vrai sujet n’était pas l’inceste, mais les rapports mère-fille. Son adaptation est lumineuse, portée par une voix off dont les accents sont troublants de fidélité à la langue brute et chirurgicale d’Angot.

Un jour, Rachel a droit à une dernière promenade avant que son pervers narcissique adoré ne parte vers un avenir bourgeois dont il l’exclut. Catherine Corsini filme la jeune femme marchant au milieu d’un bois où le muguet forme un gigantesque tapis de promesses de bonheur. Niels Schneider la regarde, de loin, déjà distant. Le comédien est impressionnant de charme toxique et froid. Virginie Efira, elle, trouve son plus beau rôle à ce jour, son visage transfiguré par l’amour s’éteignant, d’un coup, quand tombe le couperet du mépris. Des années plus tard, un séjour sur la Côte d’Azur, où, encore, l’espoir renaît pour s’éteindre aussitôt dans un restaurant de Villefranche-sur-Mer, dans une mise en scène qui évoque les mélodrames de Douglas Sirk.

Mais c’est bien l’histoire d’amour entre Rachel et sa fille qui compte. Chaque détail du quotidien, de la complicité entre cette mère célibataire et cette gamine choyée, rapidement plus intelligente que la moyenne. La dévotion souriante et maternelle contre la rage qui grandit au cœur de l’adolescente (Estelle Lescure, une révélation). Le rejet, puis le pardon, et la réconciliation tardive de deux femmes, toutes deux victimes de la même humiliation sociale.

Un amour impossible est, aussi, une fresque méticuleuse, émouvante, sur la vie des années 1950 et 1960 en province, quand la modernité s’installe petit à petit et que l’émancipation des femmes commence, discrètement, au bureau et dans les cuisines en formica des nouveaux « grands ensembles ». En évoquant alors autant Annie Ernaux que Christine Angot, Catherine Corsini réussit un grand film d’époque, à la fois doux et implacable, sur la condition féminine.

 

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